Tous responsables
On ne parle plus partout que de la crise financière et je viens de lire dans les brèves du journal Le monde sur internet que la bourse continue de baisser à Paris.
Le gouvernement et le Président de la République tentent de rassurer une population légitimement inquiète et stigmatisent au passage des chefs d’entreprise ou des patrons de banque dont les parachutes dorés sont, nous disent-ils, scandaleux.
C’est vrai qu’ils le sont. Mais faire porter la responsabilité de la crise à quelques-uns seulement est sans doute un peu facile.
C’est en fait une responsabilité largement partagée et c’est tout un système qui est en cause, économique, politique, social. C’est tout un système de valeurs .
Prôner par exemple un régime de retraites par répartition où ce sont les cotisations des actifs qui vont assurer le moyen de vivre aux anciens, c’est faire le pari d’une activité stable, d’un emploi facile à trouver et donc du travail partagé.
Prôner à l’inverse un régime de retraite par capitalisation, ce n’est plus faire le pari de la solidarité mais au contraire celui d’une rentabilité simplement financière de placement, de ses propres placements, y compris si cette rentabilité implique des délocalisations d’entreprises qui tueront l’emploi local.
C’est un système qui peut faire que les grands-parents, pour survivre, mettent au chômage leurs petits-enfants.
Je sais que disant cela je suis caricatural, mais ne sommes nous pas en plein dans une crise économique qui devient caricaturale et invite à la caricature ?
Je ne voudrais pas stigmatiser à mon tour tous les petits porteurs anonymes qui voient aujourd’hui leur portefeuille revenir au niveau de 2004 alors qu’ils avaient tant d’ espérances en cette fortune virtuelle que leur promettaient les banques mais, au-delà des banques, la vox populi portée tant par la rumeur que par les médias.
On se souvient encore du discours très prégnant lors des premières privatisations. Il fallait réserver ses actions. Elles risquaient de n’être servies qu’en quantité limitée mais pour chacun ce serait la fortune garantie à terme, une tirelire en béton armé. Et les Politiques n’ont pas été les derniers à entretenir le propos.
Aujourd’hui, Il n’y a pas d’autre choix que de sauver le système parce qu’il est tellement ancré partout, parce qu’il est tellement tentaculaire que ne pas le sauver provoquerait une crise sociale sans précédent.
Imaginons les conséquences d’une récession qui accentuerait très fortement le chômage, limiterait la capacité d’intervention des pouvoirs publics, y compris des collectivités territoriales qui ont aujourd’hui la charge de l’action sociale.
Mais s’il n’y a pas d’autre choix que de tenter de sauver le système aujourd’hui, il importe que demain nous sachions le remettre en cause en profondeur. Et quand je dis le remettre en cause en profondeur, cela va bien au-delà du bricolage de Sarkozy qui ne serait que supprimer à grand renfort de communication quelques parachutes dorés, et dépoussiérer un peu l’ensemble au grand plumeau d’une indignation soudainement moralisatrice.
Je suis pour ma part loin d’être certain de la compatibilité entre le souci de l’éthique et ce prêt à porter de la pensée économique et sociale qu’est devenu le libéralisme.
Or, au-delà de la crise financière, de la crise économique et de la crise politique, c’est bien aussi à une crise de l’éthique que nous sommes confrontés.