Fragments
Pas de politique pour une fois.
Juste une tranche de vie, un début de vie… mal parti.
Remise de coupes au cross de l’UALPA ce midi sur l’hippodrome.
Je bavarde avec Olga Bidault.
Une gamine vient caresser ma chienne que j’ai emmenée et qui patiente à coté de moi.
Elle a le regard clair et candide de ses presque dix ans mais ses yeux se voilent lorsqu’elle me dit qu’elle a le même chien mais qu’il est jaune lui …
- Il est mort ajoute-t-elle
Je m’apprête à lui dire quelque banalité…
- Il est mort après mon papa, précise-t-elle le regard presque provocateur.
Nous restons silencieux un instant Olga et moi…
- Il est mort depuis longtemps ton papa ?
- Depuis le 13 décembre 2007, répond-elle sans une hésitation.,,
- Comment est-ce arrivé ?
J’ai peur de lui faire mal, de raviver une plaie que je sais douloureuse… Mais elle a tant envie, tant besoin de parler !
Elle nous le dit si fort du regard.
- C’est le cancer. Il fumait trop. Il avait 56 ans.
Elle est devenue grave. . . Presque docte, travestissant son chagrin en un fatalisme simple et enfantin.
Puis elle a évoqué son beau père et s’est tournée soudain vers Olga.
- On peut avoir un enfant à 48 ans ?
J’ai à peine eu le temps de me demander ce que signifiait sa question que déjà elle la complète en ajoutant avec toute la simplicité de son âge :
- Maman, elle fume beaucoup et elle boit de la bière et j’ai peur qu’elle meure si elle a un enfant !
Puis elle est partie jouer avec un autre gamin du Foyer de l’Enfance où elle vit depuis quelques mois.
Nous nous sommes regardés Olga et moi avec un mélange de tristesse et de honte, honte de notre impuissance. . .
Mais pourquoi ai-je donc eu envie de vous conter cet instant.
Pourquoi me revient-il aussi quelques pages de Dickens ?
Ce n’est pourtant pas la première fois, bien loin de là, que je croise la misère du monde.
Peut-être était-ce le fatalisme terrible de cette enfant. .. Ou peut-être aussi cette simplicité qui faisait la force de ses mots.