8 mai

Publié le par Gerard Silighini

Cérémonies du 8 mai hier, à Evreux d'abord où j'ai déposé une gerbe au nom du Conseil Général puis à Saint Sébastien de Morsent l'après midi.

 Discours classiques, un peu convenus sauf celui du Préfet qui a insisté sur les causes profondes de la guerre de 39-45 et sur l'idée de construction européenne qui a suivi.

 Pour ma part, je n'ai pas pris la parole à Evreux puisqu'on ne la donne jamais lors de ces cérémonies au représentant du Département... Nicolas qui officiait pour la ville va même jusqu'à oublier de mentionner les conseillers généraux présents dans son discours... Question d'habitude ! Même sur une cérémonie qui devrait être consensuelle, il ne peut pas s'empêcher d'être sectaire... On ne le refera plus!

 A Saint Sébastien en revanche, j'ai pris la parole que me donnait le Maire et j'ai dit quelques mots sur le conseil national de la résistance.

 

 Je n'étais pas né le 8 mai 1945... Je ne suis arrivé que six ans plus tard.

 Mais, enfant en Lorraine, j'ai entendu  parler très jeune des drames de l'exode,   de la drôle de guerre. J'ai frémi en imaginant le nazisme à son paroxysme dans les camps de concentration, la déshumanisation des victimes programmée par des bourreaux eux-mêmes déshumanisés... J'ai visité le camp d'Auschwitz à l'âge de 15 ans et, quarante ans plus tard, je ressens encore ce sentiment d'horreur qui vous fige et vous laisse coi.

 J'ai entendu parler longuement de la collaboration ou plus simplement de petites lâchetés quotidiennes pour juste avoir la paix au sens le plus égoïste du terme...

 

 J'ai très vite entendu parler aussi de femmes et d'hommes, presque des enfants parfois qui se sont levés et qui ont payé de leur vie leur foi en la dignité de l'homme, leur foi en la liberté, leur foi dans les valeurs de la République...

 Le 8 mai commémore leur victoire.

 Le 8 mai, c'est la fin de cette période sombre, douloureuse, inqualifiable, atroce à force d'être inhumaine.

 Cela a été dit dans tous les discours que j'ai entendus. Et chacun a évoqué le nécessaire devoir de mémoire... Chacun est revenu sur ce passé... Et il faut y revenir bien sûr... Il faut y revenir encore et encore, tenter de l'expliquer et tenter ainsi d'éviter des rechutes toujours possibles ici ou ailleurs dans le monde...

Personne n'a dit pourtant que le 8 mai, c'est aussi un commencement.

 Le 8 mai, symbolise le début de la mise en œuvre du programme du conseil national de la résistance... Programme voté à l'unanimité.

 Ce programme, il veut rompre avec l'ancien régime... Il veut refonder une République, une organisation sociale ancrée sur les valeurs de la fraternité et de la solidarité....

 Il lance les bases de la sécurité sociale, des caisses de retraite, des grands services publics. Il veut assurer la sécurité de l'emploi et prône les comités d'entreprise, les délégués du personnel. Il veut l'accès de tous à la culture, à l'école... Il veut donner le pas à l'humain.

 Je n'ai rien  entendu de tout cela dans les discours du 8 mai à Evreux... Bien évidemment  les orateurs ont parlé de fraternité... Mais d'une fraternité bien peu concrète... d'une fraternité qui sonne comme un vœu pieux quand les risques de démantèlement de ces outils de solidarité sociale concrète sont si grands. 

 Je sais bien que le monde change et qu'on ne peut figer notre organisation sociale. Même en gérant ce changement pourtant, surtout peut être en le mettant en œuvre, nous nous devons de ne pas perdre de vue ces valeurs fondamentales de laïcité, de solidarité, de fraternité qui sous-tendent ce qu'ont bâti ceux qui ont combattu le nazisme et qui en sont venu à bout...

Ce qu'ils ont bâti, il ne faut pas, sous le couvert de réformes, le détruire, en anéantir la substance.

 Si ces femmes et ces hommes qui se sont levés, qui se sont révoltés et qui ont combattu l'horreur nazie ont tant voulu défendre et prôner ces valeurs de laïcité, de solidarité et de fraternité c'est peut être justement parce que le nazisme, ils l'ont vu de près... de trop près. Ils ont appris à le connaître et beaucoup en sont morts... Ils ont donné leur vie pour ces valeurs, parce qu'elles sont le rempart, peut être le seul rempart contre la déshumanisation...et le plus bel hommage que nous puissions leur rendre aujourd'hui c'est de ne pas l'oublier et de continuer à  cultiver ces valeurs pour lesquelles ils se sont battus.

 A suivre...

 

 

Publié dans politique

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C
Bonsoir,<br /> J'aime beaucoup votre texte, j'ai rarement vu une telle description de ce que représente le 8 mai. J'adhère pleinement à votre avis sur l'horreur des camps de concentration et ce que fut l'horreur nazie, qui a aussi touché ma famille, puisque mon parrain fut torturé à 17 ans au Havre par la Gestapo sans jamais donner le nom de ceux avec qui il oeuvrait dans la résistance, et qu'une de mes tantes a été déportée à Treblinka avec son mari. Lui y est mort, elle en est revenue, mais avec le typhus et le diabète, et la suite de sa vie a été marquée par cette souffrance indicible, qu'elle avait du mal à exprimer, alors qu'elle était intarissable sur sa Tchécoslovaquie natale. Son crime pour être déportée ? S'être mariée avec un juif... Plus en arrière encore, et je salue comme vous le courage de ceux qui nous ont précédé, j'ai une certaine fierté à citer le souvenir de mon grand-père qui était médecin dans les tranchées en 1914-1918 (croix de guerre pour les quatre années, légion d'honneur bien mérités pour son dévouement aux autres et son courage) et n'hésita pas entre 1940 et 1944 à cacher chez lui un parachutiste anglais blessé, en détournant l'espace de dix minutes l'attention de deux SS qui l'avaient tabassé et s'apprêtaient à le passer en peloton d'exécution...ces hommes qui nous ont précédé, nous leur devons notre liberté, il est en effet juste de leur rendre hommage, et pas seulement le 8 mai: c'est tous les jours, pour faire avancer la paix, être des "passeurs d'espoir", se souvenir, et agir ensemble au quotidien, chacun à notre échelle, vers ceux qui en ont besoin.<br /> Je terminerais ainsi : S'ouvrir aux autres et les aider, c'est prendre le chemin de son propre bonheur.
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