Haute couture
Photo: Don Quichotte de métal réalisé il y a près de vingt ans par un élève de la SEGPA Cervantès à Vernon
Je sors d'un défilé de mode organisé par l'association Trisomie 21 Eure.
Pronuptia, place du grand carrefour s'était chargé du côté professionnel et c'est quelque chose de remarquable qui se déroulait là... L'acceptation de la différence... La différence comme moteur de l'ensemble ....
J'avoue que j'avais un peu peur de ce que pourrait donner une telle manifestation, peur que ce défilé de mode ne provoque des apitoiements ou des applaudissement convenus... Ce n'était pas le cas.
Ce n'étaient pas, assis autour de la piste, des enfants trisomiques et d' autres personnes ; C'était un public soudé.
Ce n'étaient pas davantage, sur la piste, des mannequins trisomiques et d'autres; C'étaient des mannequins qui défilaient ensembles.
Il m'est revenu cette anecdote.
Il y a une douzaine d'années, j'animais le travail d'un groupe d'enseignants et de cadres éducatifs venus de différents pays européens (Pour ceux qui connaissent, il s'agissait d'un programme Arion) et je l' avais emmené visiter une SEGPA (Section d'Enseignement Général et Professionnel Adaptée) du département.
Le principal du collège présentait l'organisation de l'établissement et soulignait l'investissement d'enseignants du collège qui acceptaient d'aller faire cours en Segpa... C'était le cas en particulier du professeur d'anglais ; je crois me souvenir qu'un professeur de lettres y assurait quelques heures également.
Une enseignante espagnole est alors intervenue, demandant au principal s'il était certain de ne pas faire fausse route.
"Vous intégrez quelques uns de vos enseignants à la section spécialisée, lui dit-elle, et ils ont le sentiment de faire une bonne oeuvre... Mais ce ne sont pas les enseignants qu'il faut intégrer, ce sont les élèves de la Segpa qu'il faut intégrer au collège... Ce n'est pas la même chose".
Cette jeune Espagnole avait, en deux phrases totalement renversé, la conception de la prise en charge du handicap qui était la nôtre... Et ce renversement de perspective commence aujourd'hui à s'imposer
Nous avançons aujourd'hui dans ce que je crois la bonne direction même s'il y a encore du chemin à faire... Beaucoup de chemin
Vendredi soir, c'était la clôture de l'assemblée générale de la Fédération Française du Bâtiment... Après une table ronde intéressante sur le développement durable, je suis intervenu brièvement puisqu'il m'appartenait de représenter le Département.
J'ai rappelé que le partenariat entre les élus et le secteur du bâtiment relevait du mariage de raison.
On peut promouvoir toutes les politiques de logement que l'on voudra, de développement d'équipements structurants comme des collèges, des écoles, des crèches, des gymnases etc., s'il n'y a personne pour les réaliser, elles seront assez peu concrètes.
A l'inverse, ce sont les collectivités qui assurent en grande partie, par leurs projets, la stabilité et la croissance du secteur du bâtiment.... A l'échelle du département par exemple, l'effet démultiplicateur des 150 millions d'€ annuels d'investissement est considérable. Le million quatre que nous mettons par exemple dans la restructuration de l'école Maxime Marchand dans le quartier de la Madeleine ou le million d'€ que nous engageons dans la restructuration de la maison de retraite Azémia contribuent à accélérer leur réalisation.
C'est également au travers des organismes de logements sociaux comme Eure Habitat et la Secomile qu'intervient le Département. Ils inscrivent leur action dans le cadre des politiques que nous définissons.
J'ai rappelé, après que le président Treuil ait prôné une réduction des charges, que les grands projets lancés par les collectivités étaient financés avec de l'argent public et que les entreprises ne pouvaient donc se plaindre trop d'un impôt qui leur revenait au bout du compte en alimentant leurs carnets de commande... Bien sûr, tout est une question de mesure et d'équilibre.
Cela dit, si le bârtiment se porte plutôt bien, s'il tire l'économie et crée de l'emploi, il souffre d'une faiblesse; c'est celle d'un recrutement difficile.
Une étude de l'INSEE soulignait en 2005 que 26% des entreprises du bâtiment n'avaient pu accroître leur activité faute de pouvoir recruter les qualifications nécessaires.
J'ai terminé mon propos en revenant sur le développement durable, reprenant à mon compte l'un des propos de M Carpentier qui représentait les architectes.
Le développement durable dans le bâtiment ne concerne pas que les architectes, les entreprises et leurs clients . Les élus aussi sont interpellés mais dans un cadre global et pas seulement lorsqu'ils intègrent les impératifs de la Haute Qualité Environnementale dans les cahiers des charges des appels d'offre.
C'est aussi à propos de leurs conceptions de l'urbanisme qu'ils sont interpellés... Le développement durable en matière de bâtiment, c'est poser aussi la question de l'aménagement du territoire, c'est intégrer le coût environnemental du transport lorsqu'on crée un lotissement quelque part, celui des réseaux etc.
Le développement durable, c'est une révolution économique mais c'est aussi une révolution sociale.
Elle ne fait qu'à peine commencer.
A suivre...