Entre les murs
C’est à chaud que j’ai envie de réagir.
Je sors tout juste d’une projection de « Entre les murs » de Laurent Cantet, palme d’or à l’unanimité au dernier festival de Cannes.
Le sujet est simple : une classe de quatrième dans un collège de quartier.
Des liens qui se tissent et se rompent et se retissent entre le prof de lettres et professeur principal de la classe et les élèves.
Des liens qui se tissent, complexes, entre les élèves, issus d’un même quartier, participant de communautés diverses.
Le film reste pudique dans bien des domaines… Mais il le faut, sauf à vouloir l’insoutenable, sauf à chercher le fait divers ; ce qui n’est pas l’objet de cette chronique bien ordinaire d’un collège de quartier sensible.
Je suis enthousiasmé par la volonté des profs et par le dialogue qui s’installe entre profs et élèves, y compris au travers d’escarmouches voire d’empoignades qui se succèdent.
Je suis accablé aussi, presque désespéré en mesurant tout ce qui reste à faire.
Profs et élèves ne parlent manifestement pas le même langage, ne partagent pas quelque conception commune de l’école que ce soit et encore moins de l’organisation sociale.
Chaque jour, c’est la construction même des règles du vivre ensemble qu’il faut remettre sur le métier… Mais les règles de l’école ne sont pas plus celles de la démocratie que celles des quartiers…
Ce sont les élèves eux-mêmes qui parfois, servent d’interprètes à leurs parents.
Le collège, creuset de l’éducation où se frictionnent les cultures.
Sa vocation peut elle être la même partout ?
Son organisation peut-elle être la même partout ?
L’enseignant est bien isolé dans sa classe là où il faudrait de vraies équipes pluridisciplinaires et des professionnels venus de tous horizons.
La question est d’abord celle du sens et des objectifs que fixe notre République à l’école.
Les modalités d’application peuvent et doivent ensuite différer.
Nous avons des élèves finalement souvent avides de sens et de reconnaissance quelle que soit leur façon de l'exprimer
Nous avons des jeunes qu'il ne faut surtout pas décevoir
Nous avons des enseignants volontaires et souvent enthousiastes.
Nous avons des enseignants qu’il ne faut surtout pas aigrir prématurément.
Sans doute faut-il travailler différemment, en ajoutant d’autres corps de métier quand il le faut.
Sans doute faut-il organiser la classe différemment.
Mais qu’on le veuille ou non, l’école demeure le dernier service public de proximité, le seul service public qui puisse constituer un levier fort d’intégration sociale, le seul qui nous permette de préparer notre avenir commun. y compris et surtout peut-être quand elle est implantée dans un quartier sensible.
Préservons la.
Soutenons la.
Encourageons la.
Victor Hugo exigeait un effort puissant pour l’école.
C’est le prix à payer pour que continue notre République.
C'est le prix à payer pour que tous y participent, d'où qu'ils viennent.
Cessons donc de lésiner et de ne pas remplacer les départs en retraite par exemple.
Si le film de Cantet , en les introduisant dans la classe, fait prendre conscience de cela aux Français, il sera utile en plus d’être d’excellente facture.