Service public
Je ne crois pas que l'école de Féniers, bourg creusois que j'ai un peu connu, fonctionne encore.
Il y a trente ans, je me souviens qu'une maîtresse d'école y tenait encore la classe unique...Une quinzaine de gosses de 4 à 12 ans ..
J'ai encore en tête ce mot d'un gamin de la classe qui devait passer du statut de maternelle à celui de l'élémentaire et à qui je demandais ce qu'était l'école des grands:
C'est quand on n'a plus le droit de manger de bonbons en classe, me dit-il.
Nostalgie quand tu nous tiens.
Je ne sais pas s'il reste encore beaucoup d'écoles de Féniers ou d'écoles qui ressemblent à celle que nous montrait, il n'y a pas si longtemps, le film "Etre et Avoir"... J'imagine qu'il y en aura de moins en moins, comme il y aura de moins en moins d'adultes dans nos collèges et dans nos lycées...
C'est aussi cela les suppressions de postes !
Au delà de la gestion, au delà des réformes nécessaires (on ne forme pas le citoyen du 21ème siècle dans l'école du 19ème...), il y a les fondamentaux ou plutôt la question fondamentale qu'on ne peut éviter et qui, seule, peut justifier et sous-tendre la réforme: Quelle fonction ou quelles fonctions veut-on donner à l'école... Et, s'il en est plusieurs, sont elles compatibles ?
La question des programmes et celle de savoir si nos chères têtes brunes et blondes doivent connaître, à l'issue du collège, la différence entre un chiasme et un oxymore est une question seconde.
De même la question du nombre des personnels nécessaires et de leur qualification.
Ce n'est pas le propos du gouvernement aujourd'hui que les questions fondamentales.
Elle n'est pas posée et ne constitue en aucun cas l'axe fort d'un dialogue entre les élus de la République et les enseignants qui, s'ils ne sont plus tout à fait les hussards noirs du 19ème, n'en demeurent pas moins les acteurs d'une école toujours pilier de la République.
Le propos du gouvernement relève plutôt d'abord d'une logique de gestion...
La France dépense trop, nous dit-on.
Il faut réduire la dépense.
La dépense est en grande partie constituée du salaire des fonctionnaires dont le statut engage de surcroît les finances de demain.
Réduisons donc le nombre des fonctionnaires en ne remplaçant pas un départ en retraite sur deux (Je rappelle que, si l'on suit cette règle une demi douzaine d'années, le fameux papy-boom va nous conduire à une courbe exponentielle des réductions de postes)
Et la suite nécessaire de cette logique, c'est :
Réformons pour accompagner la réduction des moyens !
C'est prendre les choses à l'envers.
La gestion est auservice de la politique et pas le contraire.
Or la question de la réforme est d'abord une question politique, c'est à dire une question qui pose explicitement nos priorités sociales et républicaines, une question qui s'ancre dans une vision de l'avenir.
Sans dire que les enseignants ont raison sur tout et qu'ils n'ont jamais de frilosités un peu réactionnaires, force est de constater que dans le bras de fer qui les oppose au gouvernement, ils ont, face à eux des interlocuteurs qui confondent politique et gestion et qui, en réduisant ainsi le débat, sont contraints de passer en force là où cette réforme pourrait et devrait être consensuelle.
Il s'agit en effet de l'éducation et de la formation des citoyens de demain.