La Dame d'Etat et le coq aphone
Séduit !
Irrémédiablement séduit !
Non par la femme -cela n'est pas le propos même si son sourire est communicatif- mais par la Dame d'Etat qui, ce soir, aura réduit Sarkozy au rôle de faire valoir.
Que voulez vous ! Il s'essayait à tant de retenue, il voulait si fort ne pas risquer de déraper, ne pas manifester de violence verbale devant des dizaines de millions de téléspectateurs qu'il n'en était plus qu'un coq aphone, réduit à baisser la tête face à la stature de chef d'Etat d'une Ségolène Royal qui n'hésitait pas à le tancer.
Il est tard et je n'ai pas envie d'entrer dans le détail du débat... Ni d'en rappeler la chronologie.
Juste peut être envie de dire que le festival aura commencé au bout d'une demi-heure d'observation et qu'au bout de cette demi heure, le ton de Ségolène était ferme, le regard parfois rieur égratignant l'ego d'un Sarkozy ressassant sans fin le texte de son message de la campagne officielle.
Juste envie de montrer Ségolène évoquant la complexité du réel, quand Sarkozy se contente de slogans.
Ségolène inscrivant son propos dans sa vision d'une France qui s'inscrit dans les équilibres mondiaux et qui prépare l'avenir, consciente de la nécessité d'aider les pays les plus pauvres plutôt que de les dépouiller de leurs élites et un Sarkozy inscrivant le sien dans une vision étriquée de la France...
Quand je pense que c'est Sarkozy qui s'autoproclame Gaulliste !
Un Sarkozy parlant de réduire le train de vie de l'Etat en essayant de faire croire que l'Etat serait une entité autonome alors que réduire le train de vie de l'Etat, c'est d'abord réduire les services rendus aux citoyens...
Un Sarkozy parlant de charge fiscale plus importante en France qu'ailleurs mais ne disant pas qu'ailleurs les services ne sont pas les mêmes et qu'il ne sert à rien de réduire les charges sociales s'il faut ensuite que chaque Français se finance ses propres assurances, retraite inclue...
Un Sarkozy faisant la promotion d'heures supplémentaires défiscalisées sans se rendre compte (Allons donc! Il se rend compte mais il s'en moque !) que rendre les heures supplémentaires plus attractives, c'est rendre l'embauche moins attractive et prendre le risque d'une augmentation du nombre des chômeurs.
Un Sarkozy saucissonnant laborieusement ses politiques auxquelles je ne suis pas sûr qu'il croit lui-même.
Et Ségolène qui appréhende la politique dans sa globalité et nous fait partager sa vision de chef d'Etat.
Un Sarkozy stigmatisant des populations, saucissonnant la France en assistés qui seraient coupables de l'être et en travailleurs qui formeraient une seule et grande catégorie... Comme si le capitaine d'industrie au parachute cousu d'Euros par millions vivait le même quotidien qu'un jeune, condamné à la galère de l'intérim qu'il n'a pas choisi...
Et Ségolène Royal qui rassemble et qui choisit aussi de faire tout ce qu'elle peut aider chacun à sortir des galères.
"Je veux une France de propriétaires, nous lance-t-il"... C'est sans doute pour celà qu'au mépris de la loi dont il prétend devenir le garant, il ne construit pas de logements sociaux dans sa ville de Neuilly !
"Je ne veux plus de mal logés" nous dit Ségolène...
Deux heures et demie de débat et une Ségolène qui s'indigne, se révolte à propos de la "récupération" du drame du handicap par un Sarkozy qui affirme vouloir accueillir tous les enfants handicapés à l'école alors qu'il a, durant cinq ans, participé au gouvernement qui a démonté le plan handiscol.
"Je ne m'énerve pas... Je me révolte, lui lance-t-elle, j'ai gardé ma capacité de révolte intacte"
Ségolène Royal...Une femme...Une femme de convictions... Une femme qui se révolte... Une femme qui veut que la République donne mais qu'elle exige aussi...Une femme de gauche... Une Dame d'Etat... Un chef d'Etat !
Vivement dimanche...
A suivre